Le fondement biblique de l’égalité Homme /Femme

Ie Partie

La place de la femme dans les mythes et les écrits des pères de l’Eglise

Depuis toujours, l’homme pensant,  dans toutes les civilisations antiques, a cherché à comprendre  l’origine du mal, de ses souffrances, de son désarroi, et qui en portait la responsabilité. Dans une pareille situation, il doit nécessairement y avoir un bouc émissaire. Pour répondre à cette préoccupation,l’homme a créé des mythes où il fait intervenir Dieu ou les dieux selon qu’il est monothéiste ou polythéiste. Nous prenons comme exemple le mythe de Pandore, dans la mythologie grecque.  L’idée de la culpabilité de la femme dans  les malheurs qui frappent l’humanité, y est déjà présente. Selon ce mythe, Pandore avait été créée par la haine des dieux pour jeter le malheur sur une humanité entièrement mâle  qui vivait jusque là dans une parfaite harmonie.

Rappelons un peu en grandes lignes ce mythe grec : ‘’Lors de la création du monde par Zeus, il n’y avait que des hommes sur terre. Pandore est la première femme créée par Zeus pour punir la race humaine et pour faire du tord à Prométhée qui s’était montré l’ami des hommes. Pandore fut donc l’instrument de la vengeance de Zeus. Héphaïstos la façonna à partir de l’argile, Athéna lui insuffla la vie et l’habilla, Aphrodite lui donna  la beauté(…) Hermès lui apprit le mensonge et la fourberie(…).Les dieux remirent à Pandore une boite fermée qui contenait tous les malheurs qui devaient un jour affliger l’humanité. Elle contenait un seul bien, l’espérance, tout au fond. Pandore eut tôt fait de causer le malheur des hommes. La curiosité naturelle des femmes lui fit ouvrir la boite. Et les peines, et les maladies, et les querelles et tous les malheurs s’envolèrent et se répandirent sur les êtres humains(…) Ainsi les hommes, qui jusque là avaient mené une existence sans peine et sans souci, furent obligés de s’épuiser à la tâche, afin d’assurer leur existence.

Le parallélisme avec l’histoire biblique de la chute est frappant, du moins en ce qui concerne le fond.

Comme nous l’avons déjà souligné plus haut, et ce mythe vient de le confirmer, les philosophes grecs qui considéraient la femme comme un être inférieur ‘’par  nature et selon le droit’’ ont eu une grande influence sur les rédacteurs des livres bibliques et du christianisme. D’ailleurs la Grèce antique est une société patriarcale à outrance. Elle était bâtie sur une double exclusion : Il y avait d’abord ce qu’on pouvait appeler le Club des citoyens. Ce club excluait des métèques c’est-à-dire des étrangers, et des esclaves. Il y avait un autre club dit des hommes. Ce club excluait des femmes..Disons que les femmes étaient exclues dans le premier  comme dans le deuxième club. Or Aristote définissait la citoyenneté comme la possibilité de participer au pouvoir politique. Donc la femme, contrairement aux métèques et aux esclaves, ne pouvait jamais participer au pouvoir. Son sort était donc pire que celui d’un étranger ou d’un esclave. Ceci parce qu’un étranger pouvait, dans certaines  conditions accéder au pouvoir si il obtenait droit de cité. L’esclave, une fois affranchi, avait la possibilité de participer au pouvoir.

Dans la société grecque, la femme était considérée comme une éternelle mineure. Elle ne possédait ni droit juridique, ni droit politique. Toute sa vie, elle devait rester  sous l’autorité d’un tuteur : d’abord son père, puis son époux dès qu’elle se marie, et enfin de son fils, dès qu’elle devient veuve. Son existence n’avait de sens que par son mariage qui intervenait généralement entre 14 et 18 ans et la procréation. La jeune fille qu’on mariait n’avait pas droit de dire un mot sur son futur conjoint. Une stricte fidélité était requise de sa part. Ce qui n’était pas le cas pour l’époux qui pouvait introduire dans son foyer une concubine qui pouvait être une esclave ou une fille de famille pauvre. D’ailleurs, il pouvait introduire dans son foyer autant de concubines qu’il le souhaitait. Les femmes n’avaient aucun rôle public à jouer. Elles étaient confinées dans des gynécées, équivalentes des harems dans le monde arabe. De leurs gynécées, elles ne pouvaient sortir qu’à des rares occasions.

Selon le philosophe Platon (427-347 avant Jésus Christ), cité dans google,la femme est le résultat d’une dégénération physique de l’être humain.’ Il n’y a que  les hommes qui ont été créés directement par les dieux  et qui possèdent une âme. Ceux qui vivent correctement retournent aux étoiles, mais ceux qui  sont lâches ou malhonnêtes peuvent avec raison être supposés avoir été changés en femmes au cours de la seconde génération’’.

Dans le même ordre d’idées, Aristote, un autre philosophe grec (384-322 avant Jésus Christ) considérait la femme comme un être incomplet.’’ La femme, dira-t-il, est un mâle infertile. ’’La femelle, en raison de sa déficience en chaleur naturelle, est incapable de ‘’cuire son fluide menstruel au point de raffinage auquel il deviendrait sperme, c’est-à-dire semence. Par conséquent, sa seule contribution à l’embryon est de lui offrir sa substance et ‘’un champ dans lequel il peut grandir. Ainsi donc, la raison qui explique que l’homme domine la société est son intelligence supérieure. Seul l’homme est un être humain complet.’ La relation entre l’homme et la femme est par nature telle que l’homme est supérieur, la femme inférieure, que l’homme gouverne et que la femme est gouvernée.’’*

Le Droit romain qui a servi de base au Droit Canon indiquait clairement que  la femme n’a pas les mêmes droits que l’homme que ce soit dans son foyer, que ce soit dans la société ; attribuant ainsi à la femme, un statut très inférieur par rapport à l’homme. Examinons de près le Droit Romain. Selon le Droit familial romain, le mari est le seigneur et maître absolu. La femme est la propriété de son mari et est totalement à sa disposition. Il peut la punir de la façon qu’il veut. En ce qui concerne la propriété familiale, la femme ne possède rien en propre. Tout ce dont elle ou ses enfants héritent appartient au mari, y compris la dot qu’elle apporte avec elle lors de son mariage.

-La femme ne pouvait se voir confier une quelconque fonction publique.

-La femme ne pouvait agir en son nom au tribunal, pour signer un contrat, agir comme témoin etc.

-La femme faisait partie du groupe de ces gens dont on ne pouvait faire confiance dans le jugement : les enfants mineurs, les esclaves, les criminels et les personnes stupides et muettes !

Les rédacteurs des livres biblique, bien qu’ayant été inspirés par l’Esprit Saint, ont également puisé  dans ce Droit romain.

La femme romaine, comme la grecque, telle que nous  l’avions souligné  précédemment, et comme d’ailleurs dans bon nombre de civilisations, est politiquement mineure et exclue de la plupart des droits. Elle est traditionnellement sous la dépendance de son père (pater familias), et plus tard de son mari. Selon les historiens, à Rome, on ne conservait que la fille aînée. Les filles cadettes, on les faisait disparaître, au même titre que les garçons chétifs ou mal-formés ou souffrant d’un quelconque handicap. Le pater familias avait donc le droit de vie ou de mort sur ses enfants filles cadettes et garçons mal formés. Ce droit ne lui fut retiré qu’au IV siècle avant Jésus-Christ. Les enfants de sexe mal avaient le droit de recevoir un prénom, signe de leur individualité. Les filles quant à elles, ne conservent que le nom de leur père, signe de leur anonymat.

La seule différence avec les femmes grecques c’est que la femme mariée romaine est une matrone. Donc une citoyenne romaine. Cependant une femme âgée qui ne peut plus avoir d’enfant était appelée Anus, qui signifie une femme inutile dans la société

Même certains Pères de l’Eglise n’ont pas échappé à ces préjugés, alors que certains avaient une réelle dévotion pour Marie, la mère du Christ. Dans certains de leurs écrits, ils iront jusqu’à affirmer que ‘’seul l’homme est créé à l’image de Dieu’’. Certains même ont poussé leur machisme jusqu’à se demander si la femme avait une âme ! Citons à ce propos quelques passages des pères de l’Eglise :

‘’La nature comme le droit placent la femme dans un état de subordination vis-à vis de l’homme (Irénée, Fragment no32)-

-‘’Il découle de l’ordre naturel que, parmi les gens, les femmes servent leurs maris et leurs enfants, parce que la justesse de cela réside dans le principe selon lequel le plus petit sert le plus grand(…) Il relève de la justice naturelle que le cerveau le plus faible se mette au service du plus fort. Ceci en conséquence justifie clairement que, dans les relations entre les esclaves et leurs maîtres, ceux  qui excellent dans la raison, excellent dans le pouvoir (Augustin, Questions sur l’Heptateuque, Livre I, paragr153

-Il ne peut non plus être mis en doute qu’il est conforme à l’ordre de la nature que l’homme gouverne la femme, que l’inverse. Ceci est conforme au principe établi par l’Apôtre :’’La tête de la femme, c’est l’homme’’; et ‘’Femmes, soyez soumises à vos maris’’.Et l’Apôtre Pierre de renchérir :’’Même Sara a obéi à Abraham, l’appelant seigneur’’ (Augustin, De la Concupiscence, Livre I, chap 10)

Toutes ces conceptions des philosophes grecs, des pères de l’Eglise, ont dicté les premières Règles de l’Eglise, consacrant  ainsi les préjugés sur l’infériorité de la femme. Raison pour laquelle, dans l’Eglise catholique, une femme ne pouvait, jusqu’à ce jour d’ailleurs, être ordonnée prêtre.

Citons  encore un passage à titre d’exemple :‘’Si l’homme est la tête de la femme, et qu’il fut à l’origine ordonné pour le sacerdoce, il n’est  pas permis d’abroger l’ordre de la création, et de laisser la partie principale devenir la partie secondaire du corps. Car la femme est le corps de l’homme, tirée de sa côte, et soumise à lui, de qui elle a été séparée en vue de la procréation d’enfants. Car Il dit :’’Tu la domineras’’.Car la partie principale de la femme, c’est l’homme, car il en est la tête. Mais si dans les constitutions précédentes, nous n’avons pas permis aux femmes de prêcher, comment quiconque pourrait-il leur permettre-en opposition à la nature- d’accomplir les fonctions d’un prêtre ? Car ceci est des pratiques découlant de l’ignorance de l’athéisme des païens, d’ordonner prêtres des femmes pour leurs dieux féminins ; ce n’est pas une des constitutions du Christ. Car si le baptême pouvait être administré par des femmes, notre Seigneur aurait été baptisé par Sa propre mère, et non par Jean ; ou quand il nous a envoyés baptiser, Il nous aurait envoyés accompagnés des femmes pour accomplir cette tâche. Mais dans ces circonstances, Il ne nous a nulle part, soit par décret, ou par écrit, exprimé une telle chose ; car connaissant l’ordre de la nature, et la convenance de ses actions ; Il est le Créateur de la nature, et le Législateur de la constitution’’ (Constitutions apostoliques, III, no9)

Comment ces respectables Pères de l’Eglise pouvaient ignorer que le Christ avait fait de Marie de Magdala ,le témoin de sa résurrection, qu’il l’avait envoyée dire aux autres disciples qu’Il était ressuscité. Comment ils pouvaient oublier que lorsque le Christ a ordonné aux disciples d’aller à travers le Monde, de prêcher et de baptiser, tous les disciples étaient là, hommes et femmes ! Lisons à ce propos Jean 20,19-23 :

« Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu ou se trouvaient les disciples étant fermées, à cause de la crainte qu’ils avaient des juifs, Jésus vint, se présenta au milieu d’eux, et leur dit :La paix soit avec vous ! Et quand il eut dit cela, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent dans la joie en voyant le Seigneur. Jésus leur dit de nouveau : LA PAIX SOIT AVEC VOUS ! Comme le père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie. Après ces paroles, il souffla sur eux, leur dit : Recevez le Saint Esprit. Ceux à qui vous pardonnerez les péchés, ils leur seront pardonnés ; et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus. »

Peut-être que certains diront que rien ne prouve que les femmes étaient parmi les disciples, lorsqu’ils furent envoyés ! Lisons à ce propos ActesI , 12-14 : « Alors, ils retournèrent à Jérusalem, de la montagne appelée des oliviers, qui est près de Jérusalem, à la distance d’un chemin de sabbat. Quand ils furent arrivés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient d’ordinaire ; c’était Pierre, Jean, Jacques,  André, Philippe, Thomas, Barthélemy, Matthieu, Jacques, fils d’Alphée Simon le zélote, et Jude, fils de Jacques. Tous d’un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes et Marie, mère de Jésus, et avec les frères du Seigneur. »

Ceci nous montre que tous les disciples, hommes comme femmes avaient reçu la mission d’évangéliser, ils avaient tous reçu le Saint Esprit. Rien ne nous signale que toutes les femmes disciples qui étaient  dans cette assemblée avaient leurs maris pour pouvoir leur demander ce qui se disait  parmi tous ces disciples. Le Christ n’avait pas du tout fait de distinction. Le Christ dont les ‘’Pères de l’Eglise’’ sont disciples, n’avait pas manifesté autant de dédain pour toutes les femmes qui l’entouraient, qui l’accompagnaient, et pour toutes les femmes, d’une façon générale. Nous pouvons alors nous demander d’où est venu cet esprit de considérer la femme comme un être de seconde zone, au point de se demander, pour certains pères, si la femme avait aussi une âme!

Pas étonnant alors que l’apôtre Paul qui a évolué dans cet environnement  dise qu’il n’est pas permis à la femme de parler dans une assemblée, ou qu’elle se couvre la tête pour exprimer le pouvoir dont  elle dépend, donc son mari ;ou encore qu’ elle sera sauvée en mettant au monde, parce que la maternité était l’une des activités qui  lui étaient dévolues  et qui pouvaient  justifier  son existence.

Selon plusieurs écrits, il parait que même les théologiens ont adopté cette façon de penser antiféministe des grecs et des romains dans leurs écrits théologiques. (La Philosophie grecque et l’infériorité de la femme)

Pas étonnant que dans Exode 20,on ait rangé la femme parmi les biens de l’homme, au même titre que sa maison, son âne ou son bœuf… !Nous savons également que les rédacteurs des livres bibliques avaient  été des  prêtres, des docteurs de la Loi, donc  des phallocrates avérés. Ainsi donc, on ne pouvait s’attendre à un meilleur rôle ou à une meilleure représentation de la femme dans ces récits. Donc la femme était sans nul doute bien indiquée  pour porter cette responsabilité de la chute de l’humanité. Certaines citations juives  récoltées par ci par là, au gré de nos lectures ne peuvent que confirmer cette vue des choses. Voici quelques exemples cités par Werner Forster, dans son livre Palestinian Judaism  in New Testament Times :

’’Toute iniquité est petite comparée à l’iniquité d’une femme…C’est par une femme que le péché a débuté, et c’est à cause d’elle que nous mourrons tous’’ (Sirach 25 :19,24)

‘’La méchanceté d’un homme vaut mieux qu’une femme qui fait le bien ; c’est la femme qui apporte honte et disgrâce’’ (Sirach42 :14)

‘’La femme est inférieur à l’homme en toutes choses’’(Josephus,Against Apion2 :201)

‘’Une centaine de femmes ne valent pas mieux que deux hommes’’ (Talmud, Ber.45b)

‘’Il n’y a aucune sagesse en la femme, excepté pour manipuler le fuseau’’ (bYom.66b).

A quoi pouvions-nous attendre de positif de ces rédacteurs de la bible, vis-à-vis de la femme, quand ils sont capables d’affirmer de tels monoïdéismes ?

Nous  essayons donc  d’analyser la situation de la femme dans ces religions, tout en  n’étant pas nous même théologienne, encore moins exégète.   Notre analyse ne peut  donc qu’être  littéraire. C’est juste un essai, pour tenter de comprendre cette situation de la femme qui, explique –t- on, est responsable du malheur qui a frappé l’humanité, en  ayant mangé la première le fruit  de l’arbre défendu,  induisant  par la même occasion l’homme  dans le pêché et toutes ses conséquences, c’est –à- dire la souffrance, la mort, les maladies, la peine, la fatigue, ainsi que toutes les calamités qui s’abattent sur les êtres humains. Ce qui justifierait ce qu’elle connait depuis. Ce qui explique les nombreux interdits dont la femme est victime dans les Eglises chrétiennes, voir dans l’Islam. Ici je me pencherai plus sur la religion chrétienne, ne connaissant pas très bien l’Islam

 

Niveau d’application de l’article 14 de la Constitution sur la Parité Homme/Femme en RDC

Depuis son accession à l’indépendance, la République Démocratique du Congo fournit des efforts pour offrir des opportunités légales aux hommes et aux femmes en vue de leurs protection et sécurité.

Cependant, beaucoup reste à faire afin de permettre aux femmes d’accéder en nombre suffisant aux instances de prise de décisions.

Des inégalités de droits, de chance et de sexe persistent entre les hommes et les femmes et font perdre à la République Démocratique du Congo l’utile contribution des femmes à la réalisation de ses objectifs de développement humain durable. Cette persistance des disparités entre homme et femme est constatée dans presque tous les domaines de la vie nationale, particulièrement dans les domaines politique, économique, social et culturel, disparités qui entraînent inéluctablement des discriminations entravant la mise en œuvre adéquate de la parité homme-femme.

Devant cette situation, la Constitution du 18 février

2006, telle que modifiée et complétée à ce jour, consacre, dans ses articles 12 et 14, les principes

d’égalité de droits, de chance et de sexe.

La République Démocratique du Congo a ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux, régionaux et sous-régionaux relatifs aux droits humains, notamment :

– la Déclaration universelle des droits de l’homme ;

– le Protocole à la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples relatifs aux droits des femmes ;

– la Convention des Nations-Unies sur les Droits de l’Enfant ;

– la Convention sur l’élimination de toutes les discriminations à l’endroit de la femme ;

– le Protocole d’accord de la SADC sur le genre et le développement ;

– la Résolution 1325 des Nations-Unies.

Ces instruments juridiques internationaux, régionaux et sous-régionaux proclament tous l’égalité de droits entre l’homme et la femme et constituent autant d’engagements pour la République Démocratique du Congo à prendre des mesures légales et administratives pour la jouissance de ces droits par la femme.

L’élaboration de la Loi portant modalités d’application des droits de la femme et de la parité est une application de l’article 14 de la Constitution.

Elle renforce l’engagement de l’Etat congolais à bâtir une société plus juste où les comportements, les aspirations et les différents besoins de l’homme et de la femme sont pris en compte.

Ainsi, la présente Loi a pour but la promotion de l’équité de genre et de l’égalité des droits, de chances et de sexes dans toute la vie nationale, notamment la participation équitable de la femme et de l’homme dans la gestion des affaires de l’Etat.

Cette Loi comprend 38 articles regroupés en 5 chapitres ci-après :

Chapitre I : Des dispositions générales

Chapitre II : Des modalités de mise en œuvre

Chapitre III : Des structures de mise en œuvre

Chapitre IV : Des sanctions

Chapitre V : Des dispositions transitoires, abrogatoires et finales

 

Loi dont la teneur suit :

 

Chapitre I : Des dispositions générales

 

Section 1 : De l’objet

 

Article 1

La présente Loi fixe les modalités d’application des droits de la femme et de la parité homme-femme conformément à l’article 14 de la Constitution.

Ces droits concernent :

  1. l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard de la femme ainsi que la protection et la promotion de ses droits ;
  2. le total épanouissement et la pleine participation de la femme au développement de la Nation ;
  3. la protection contre les violences faites à la femme dans la vie publique et dans la vie privée ;
  4. une représentation équitable au sein des institutions nationales, provinciales et locales ;
  5. la parité homme-femme.

 

Section 2 : Du champ d’application

 

Article 2

Les dispositions de la présente Loi s’appliquent à tous les domaines de la vie nationale, notamment politique, administratif, économique, social, culturel, judiciaire et sécuritaire.

 

 

Section 3 : Des définitions

 

Article 3

Au sens de la présente Loi, on entend par :

  1. clichés sexistes : croyances entretenues à propos des caractéristiques, traits et domaines d’activités dont on estime qu’ils conviennent aux femmes, aux hommes, aux filles et aux garçons, en référence aux rôles conventionnels qu’ils remplissent d’habitude, au foyer ou en société ;
  2. discrimination : toute distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, la religion, l’opinion politique, l’ascendance nationale ou l’origine sociale et qui a pour effet de détruire ou d’altérer l’égalité de chances ou de traitement ;
  3. discrimination positive : principe consistant à restaurer l’égalité en accordant à certaines catégories sociales un traitement préférentiel par des programmes et mesures d’orientation qui visent à corriger les discriminations existantes ;
  4. égalité : le fait d’être égal en termes de droits et de devoirs, de traitement, de quantité ou de valeurs, d’accès aux possibilités et aux résultats, y compris aux ressources ;
  5. égalité entre les sexes : jouissance égale des droits et de l’accès aux possibilités et aux résultats, y compris aux ressources, par les femmes, les hommes, les filles et les garçons ;
  6. équité : sentiment de justice naturelle fondée sur la reconnaissance des droits de chacun ;
  7. équité entre les sexes : répartition juste et équitable des bénéfices, récompenses et des possibilités entre les femmes, les hommes, les filles et les garçons ;
  8. équité de genre : démarche de reconstruction sociale fondée sur la justice naturelle qui conduit à l’égalité des sexes par rapport aux rôles et responsabilités dévolus aux hommes et aux femmes ;
  9. genre : rôles, devoirs et responsabilités que la culture et la société assignent aux femmes, aux hommes, aux filles et aux garçons ;
  10. intégration de la dimension genre : processus consistant à identifier les écarts dus au sexe et à s’assurer que les préoccupations et expériences des femmes, des hommes, des filles et des garçons font partie intégrante des exercices de conception, demise en œuvre, de suivi et d’évaluation des politiques et programmes dans toutes les sphères, de sorte qu’ils en tirent également profit ;
  11. parité homme-femme : égalité fonctionnelle qui consiste en la représentation égale entre les hommes et les femmes dans l’accès aux instances de prise de décision à tous les niveaux et dans tous les domaines de la vie nationale, sans discrimination ; outre le principe du nombre, elle indique aussi les conditions, les positions et les placements ;
  12. pratique néfaste : tout fait ou geste qui affecte négativement les droits fondamentaux des femmes et des hommes tels que le droit à la vie, à la santé, à l’éducation, à la dignité et à l’intégrité physique ;
  13. violence sexiste : actes perpétrés contre les femmes, les hommes, les filles et les garçons au titre de leur sexe, qui occasionnent ou pourraient occasionner à leur endroit un dommage physique, sexuel, psychologique, émotionnel ou économique, y compris la mesure de recourir à des tels actes.

 

Chapitre II : Modalités de mise en œuvre

 

Section 1 : De la représentation de la femme dans le domaine politique et administratif

 

Article 4

L’homme et la femme jouissent de façon égale de tous les droits politiques.

La femme est représentée d’une manière équitable dans toutes les fonctions nominatives et électives au sein des institutions nationales, provinciales et locales, en cela y compris les institutions d’appui à la démocratie, le conseil économique et social ainsi que les établissements publics et paraétatiques à tous les niveaux.

 

Article 5

Les partis politiques tiennent compte de la parité homme-femme lors de l’établissement des listes électorales dans les conditions prévues par la Loi électorale.